Quand un nordiste français se rend dans les bureaux de l’union Européenne à Bruxelles, s’il veut bien se donner la peine d’interroger les uns et les autres sur ce qu’ils pensent du Nord-Pas de Calais, une ritournelle lui revient régulièrement à l’oreille. « Ah, le Nord-Pas de Calais ! Dites-moi comment faites-vous pour être aussi inefficaces ? Nous avons compté. Depuis 1982, l’Europe a, à peu près apporté autant d’argent à votre région qu’à l’Irlande. Voyez où en est l’Irlande et où vous en êtes ! » Bien sûr, cette anecdote n’est jamais rapportée par un élu du Nord-Pas de Calais. Ils sont si rares à se rendre à Bruxelles pourtant si proche ! Totale ingratitude car depuis 30 ans pas moins les eurocrates que les commissaires ne se sont montrés indifférents à la situation économique et sociale du Nord-Pas de Calais. Ils viennent d’y déverser pas moins d’un milliard d’euros tous les 6 ans ces quinze dernières années. Et José Palma Andres, directeur de la direction générale de la Politique régionale vient de confirmer un autre milliard d’euros pour la période 2017-2013. Ne feignons pas de ne pas mesurer l’importance de l’aide : 1 milliard d’euros tous les 6 ans, c’est 1 milliard de nos ex-francs tous les … ans.
Qu’en avons-nous fait ? « De superbes ronds-points dans la plupart de nos villages, en tout cas dans tous ceux de l’Avesnois, du Valenciennois et du Douaisis ! » Ne riez pas, c’est vrai et c’est affligeant car cela montre combien dans cette région Nord-Pas de Calais les élus de tous poils, de tous bords et de tout type de collectivités, locales ou territoriales, se sont montré incapable de dépasser leurs rivalités ou plus généralement leurs ego pour monter de vrais projets de développement au service de cette région et de ces habitants les plus fragiles. Bien sûr, j’exagère mais à peine. Il suffit de plonger quelques heures dans les documents de ces vingt dernières années pour s’ébahir devant le montant des aides non consommées faute de projets montés en temps voulu, la pauvreté de la valeur ajoutée des projets financés – les fameux ronds-points – et la tolérance des experts européens à accepter de financer des projets aux limites des objectifs fixés.
Heureusement, comme le rappelait Daniel Canepa, préfet de région dans son discours d’ouverture de cette journée de lancement du programme 2007-2013, certains grands dossiers ont bénéficié de l’aide européenne. « De 2000 à 2006, l’Union européenne a participé au financement de plus de 8 000 projets et à la création de plus de 20 000 emplois. » Sans l’Europe, Alain Bocquet, grand pourfendeur communiste de la cause européenne, n’aurait pu accueillir le groupe pharmaceutique GSK (GlaxoSmithKline) et ses 600 emplois à Saint Amand les Eaux. Sans l’Europe, Valenciennes ne se serait pas payé son tramway et encore moins Douai. Même la plate-forme de Dourges n’aurait pu boucler son budget sans les aides européennes. On peut y ajouter le musée Matisse du Cateau-Cambrésis ou le Phénix à Valenciennes.. Mais qui l’a dit ? Personne ! Même pas les préfets d’alors, M. Canépa, trop enclins à attribuer à l’Etat (Sylla) ce qui revenait à l’Europe (César). Et que dire de nos élus locaux et régionaux. Ils n’en avaient que pour leurs mérites propres. Fi de l’Europe, sauf pour en dénoncer la distance, historie de mieux masquer leurs propres manquements.
A mots à peine voilés, ce jeudi, José Palma Andres a voulu cette fois mettre les point sur les « i ». « La période de programmation 2007-2013 du Fonds Européen de Développement Régional n’est pas la prolongation de la période précédente et les nouvelles orientations de la politique régionale n’ont pas toujours été acceptées facilement par l’ensemble des acteurs régionaux et locaux, en France. » En deux mots, soyez enfin efficaces. Les aides européennes complétées des contreparties nationales et régionales vont apporter 2 milliards d’euros de fonds publics au Nord-Pas de Calais ces six années à venir. Cela mérite d’y consacrer toute l’attention, le savoir-faire et l’intelligence de tout le monde pour combler le déficit de recherche-développement (R&D) énorme qu’accuse la région. La R&D privée est, ici, inférieure à la moyenne nationale dans une France en regard sur l’Europe. Pire, elle vient encore de diminuer de 19% ces dernières années et la haute technologie ne représente que 15% de ces investissements contre … 45% en France. En deux mots : le Nord-Pas de Calais s’appauvrit intellectuellement d’année en année.
Dans ces conditions comme l’a souligné José Palma Andres, il faut « concentrer les moyens sur des ecteurs industriels et de services pouvant favoriser des effets de levier ! » Concentrer, c’est à dire choisir : exactement l’inverse de ce que le Nord-Pas de Calais a fait en saupoudrant sur 6 pôles de compétitivité pour satisfaire tout le monde et ne faire décoller personne !
Daniel Canépa, le Préfet de Région a raison : il faut consacrer le maximum de communication à la divulgation des programmes européens ces prochaines années. Pour repérer le maximum de projets porteurs et les concentrer sur les « demandes réelles des entreprises régionales » pour « renforcer la compétitivité et le renouvellement des activités économiques et garantir le caractère durable de ce développement au regard des enjeux environnementaux et de la cohésion sociale » comme le rappelle José Palma Andres. Et, accessoirement, c’est bien connu, en braquant les projecteurs sur l’Europe, on le détourne de l’Etat qui, lui, n’a plus un sou… n’est ce pas M. Canépa !